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Michel Serres
Eloge de la philosophie en langue française
Savions-nous que presque tous nos philosophes endurèrent l’exil, la prison, l’interdit ou la condamnation, une forme d’exclusion ? Qu’ils refusèrent, avec courage, de se plier aux idées dominantes ? Qu’ils s’exposèrent à mille risques pour garder leur liberté de penser ?
Que leurs vies, aussi diverses que parallèles, garantissent l’authenticité de leurs écrits ? Des mille conflits dont ils souffrirent et dont la France, au bout du compte, tira son unité, si rare parmi les nations, naquirent presque toutes les oeuvres publiées par le Corpus, ces millions de pages d’où fuse un cri, déchirant, de liberté, dont l’allégresse et la gravité distinguent la philosophie écrite en notre langue.
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Docteur en sociologie, André Roussel est professeur de philosophie en retraite. Il a été professeur de lycée et chargé de cours de Démographie sociale a l’université de Haute-Bretagne. Il a publié une “Histoire des doctrines démographiques” (1980) ainsi que des ouvrages destinés aux élèves de Terminale. Gérard Durozoi est agrégé de philosophie. Il a conçu de nombreux ouvrages pour cette discipline (anthologies, manuels, annales, et un “Dictionnaire de la philosophie” en usage depuis 1987). Au début des années soixante, il côtoie plusieurs membres du groupe surréaliste. Il fait paraître ensuite des ouvrages sur André Breton et Antonin Artaud et a participé, depuis, à des rencontres et colloques consacrés au mouvement surréaliste et à ses principaux représentants.
Ennemis publics
Tout, comme on dit, nous sépare – à l’exception d’un point, fondamental : nous sommes l’un comme l’autre des individus assez méprisables. J’ai eu un père mélancolique et puissant, silencieux et guerrier, joueur d’échecs, insondable, lucide et incrédule, solitaire et souverain. Un grand dirigeant d’entreprise, le souvenir que j’en ai, est celui qui sait dire “Salade pour tout le monde !” au bon moment. Il n’est pas impossible que vous ayez déjà mis de votre côté les rieurs, les sourieurs, les qui ont de l’humour alors que, moi, c’est bien connu, je n’en ai aucun. Il est possible au fond que le fait de ne pas avoir eu de mère vous renforce, mais alors c’est d’une manière qu’on ne souhaiterait à personne. Je revois Aragon, poussant la porte du bar, haute silhouette, chapeau à larges bords, cape marocaine sur un costume de lin gris, très élégant, qui lui donnait, huit ans après la mort d’Elsa, le même air de deuil inconsolé. A certaines personnes, peut-être, il est arrivé de faire l’amour dans un état de pleine lucidité ; je ne les envie pas. Tout ce que je suis, moi, arrivé à faire dans un état de pleine lucidité, ce sont mes comptes ; ou ma valise. Je peux faire toutes les mises au point possibles et imaginables : je ne ferai qu’aggraver mon cas de salaud de bourgeois qui ne connaît rien à la question sociale et qui ne s’intéresse aux damnés de la terre que pour mieux faire sa publicité.
Le livre de la tranquillité
“Ne pas écouter la parole des anciens, c’est se préparer à des souffrances pour demain”, dit un proverbe chinois. Alors méditons les conseils de Marc Aurèle pour se lever le matin de bonne humeur, ceux de Sénèque pour éviter le stress et la colère, ou encore ceux de Madame du Châtelet pour avoir la conscience tranquille. Voilà ce que propose le Livre de la tranquillité : mieux vivre grâce aux propos très éclairés des plus grands philosophes. On connaît leur souci de la chose publique ou leurs préoccupations métaphysiques. Mais on ignore souvent les solutions pratiques qu’ils ont cherché à apporter aux tracas de la vie quotidienne. Le Livre de la tranquillité est une promenade spirituelle et pragmatique à travers l’histoire de la pensée. Ses instigateurs sont les plus grands génies de l’humanité, d’Ovide à Nietzsche et de Montaigne à Schopenhauer. Titulaire d’une maîtrise en philosophie, Olivia Benhamou est journaliste.
Ethique (Ed.1907)
L’Éthique est une œuvre philosophique de Spinoza rédigée en latin entre 1661 et 1675, publiée à sa mort en 1677 et interdite l’année suivante. Il s’agit sans doute de son ouvrage le plus connu et le plus important : son influence, entre autres sur les penseurs français, va grandissant depuis les années 1930.
La réflexion suit un cheminement qui part de Dieu pour aboutir à la liberté et la béatitude. Son projet relève ainsi de la philosophie pratique car le philosophe invite l’homme à dépasser l’état ordinaire de servitude vis-à-vis des affects pour s’émanciper et à connaître le bonheur au moyen d’une connaissance véritable de Dieu, identifié à la nature, et de la causalité. Il récuse la notion de libre arbitre, conjuguant un déterminisme causal intégral et la possibilité de la liberté.
Le texte est réputé d’un abord difficile en raison de son écriture qui s’apparente davantage à un traité mathématique à la manière des Éléments d’Euclide qu’à un essai littéraire. Comme son titre complet l’annonce, l’Éthique se veut « démontrée suivant l’ordre des géomètres », c’est-à-dire à la manière des mathématiques.

