
Jeu de société
Qu’y-a-t-il de commun entre Vic Wilcox, directeur général de Pringle and Sons, une entreprise de métallurgie anglaise en pleine restructuration et Robyn Penrose, une jeune universitaire spécialiste des jeux de déconstruction littéraire et plus particulièrement de l’étude sémiologique des “romans industriels” victoriens? Pas grand-chose en apparence. Vic Wilcox est un pragmatique bourru attaché aux privilèges de sa classe. Robyn Penrose a beau se qualifier de “sémiologue matérialiste”, elle n’en a pas moins les certitudes arrogantes d’une théoricienne entêtée. Mais tout est remis en jeu lorsque Robyn Penrose doit suivre un stage chez Pringle and Sons et devenir ” l’ombre ” de son directeur dans le cadre de ” l’Année de l’Industrie “. Cette confrontation brutale – et cocasse – est un peu celle de la thèse et de l’antithèse, au cœur de Rummidge, cette variante fictive de Birmingham soumise de plein fouet aux nouvelles rationalisations. Sur cet arrière-plan de réalisme et de colère des romans de Dickens ou d’Elizabeth Gaskell, David Lodge a imaginé une version satirique où le comique, parfois irrésistible, naît de la juxtaposition des situations conflictuelles de la société anglaise. Et, de fait, ce livre a toutes les configurations d’un roman victorien détourné et privé de sa morale qui interroge une société obsédée -comme nulle autre au monde- par le culte des différences de classes, de culture, de style, de langage ou d’esprit. Cette vieille préoccupation anglaise, sans doute à l’origine du ressort comique, est ici pour David Lodge l’occasion d’une comédie de la diffférence, et d’un brio de sensibilité et de bouffonnerie cruelle. Salué unanimement en Grande-Bretagne et aux USA, ce livre qui a obtenu le Sunday Express Book of the Yeau Award en 1988, est sans doute l’un des romans les plus “anglais” parus ces dernières années.
Les faisans des îles
“- Ce que j’en pense ? dit Mott. J’en pense que la merde est épaisse et qu’elle monte. – C’est bien mon avis, dit Stallings. – Mais tu vas quand même marcher et le faire, hein ? dit Lydia Mott. – Mais il va aussi me falloir un peu d’aide. – Main-forte, dit Mott. – Tu en connais ? Mott saisit un crayon à bille et écrivit deux noms au verso de la carte. – Ces deux types sont sans doute à peu près ce qu’il te faut. Je tiens des sources habituelles qu’ils sont très bons, plutôt honnêtes et horriblement chers. Tu es disposé à payer N – Je sais qu’il faudra, dit Stallings. – Aux dernières nouvelles, dit Mott, ils étaient quelque part aux îles. Hong Kong, Singapour, Bangkok, Malacca, ils circulent…”
Changement de décor
Deux avions se croisent en plein ciel quelque part au-dessus du pôle Nord : l’un transporte un professeur américain brillant, spécialiste de Jane Austen, qui arrive d’une grande université de la côte Pacifique, l’autre un professeur anglais un peu médiocre qui vient d’une université des Midlands et n’a d’autre titre de gloire que de savoir concocter des épreuves d’examen. Ils ont décidé d’échanger leur poste pour une durée de six mois.
