
Une femme de rêve
Pas d’erreur, cette fille était de la race des vaincus. Elle ne tenterait rien. En bonne intello, elle se contenterait d’analyser. Et tu en arriveras à la conclusion que mon père n’a aucune raison de te vouloir du mal. Une déduction erronée. Le souci avec lui, c’est qu’il n’a jamais été maître des émotions étranges qui chevauchent dans les méandres de son esprit. Il est comme un demi-dieu, capable du pire comme du meilleur. Un être absurde et merveilleux, dépourvu d’empathie, sans peur, susceptible de se lancer dans des actions inutiles et sacrément périlleuses pour lui et son entourage. Après avoir fréquenté Les Infidèles et fait une escale au Japon avec Kabukicho, Dominique Sylvain nous emporte une fois encore dans son univers dangereusement onirique et sensuel. Nouvelles technologies et bitcoins lui offrent mille et une manières de tordre le cou aux codes du roman policier. Une femme de rêve brouille les pistes : au lieu de traquer le coupable, n’est-il pas plus séduisant de rechercher qui est la victime ? Quelque part c’est insensé, mais ça me plaît ainsi.
La nuit de Geronimo
À peine réinstallée dans la maison de son enfance, Philippine Domeniac reçoit un email étrange : Geronimo n’a tué personne, mais qui a tué Geronimo ? Geronimo était le surnom de son père, un précurseur des recherches en biologie moléculaire, qui s’est suicidé quelque vingt-quatre ans auparavant. La police ne pouvant rien faire, elle engage Louise Morvan pour débusquer l’expéditeur anonyme. Une affaire bien anodine, pourtant l’enquête tourne au cauchemar : un suspect est retrouvé mort après avoir été torturé, tandis que Louise est filée sans répit par un certain Dotko qui par ailleurs multiplie les altercations avec Hadrien Domeniac, P-DG d’un laboratoire de génie génétique. Adolescence à la dérive, drogue, OGM, l’auteur dresse un tableau aux rythmes exacerbés des maux de l’époque. Les dialogues s’entrechoquent, les retournements de situations tourneboulent le lecteur. Dominique Sylvain avait ” abandonné ” Louise Morvan pour nous faire connaître le duo Lola Jost-Ingrid Diesel – notamment dans Passage du Désir (Prix des Lectrice ELLE 2005). La directrice de Morvan Investigations émerge de cette Nuit de Geronimo mûrie, plus humaine, tout en intuition et et en introspection.
Un peu plus loin sur la droite
Ex-flic, Louis Kehlweiler découvre par hasard un petit os humain dans un excrément de chien. Il note les habitudes de chaque promeneur de chien du secteur tandis que Vandoosler, son jeune archiviste, épluche les journaux pour déceler la moindre mort suspecte. Leurs recoupements finissent par les conduire à Port-Nicolas, village perdu de la côte du Finistère, où la vieille Marie a chuté d’une falaise deux semaines auparavant. La gendarmerie avait conclu à l’accident mais Kehlweiler refuse de lâcher le morceau. Pour imposer son point de vue, il doit se confronter aux élus et aux notables, ainsi qu’aux rumeurs et aux rancœurs de la bourgade. Un défi comme aime les relever Kehlweiler, cet esprit indépendant qui n’a pas peur de plonger les deux mains dans la boue. En plus d’une enquête superbement bâtie, l’histoire est soutenue par une écriture brillante et concise, parfois en forme de confession voilée, agrémentée de dialogues truculents et de personnages délicieux et savants. Un grand plaisir.
