
En avant, calme et droit
Hector Vachaud, dit Vachaud d’Arcole, n’est pas un grand cavalier, un « dieu » de Saumur ni une vedette des concours hippiques. Il est seulement un « homme de cheval », on a envie de dire : un « prof de cheval », comme il y en a de maths ou de lettres. Mais sa discipline à lui, choisie par passion, sinon par peur des réalités, va le faire vivre, des années trente à nos jours, dans une société singulière, archaïque, mal connue, et dans les principes, superbes mais désuets, qui la corsètent et l’exaltent. C’est à travers elle que Vachaud découvrira la comédie sociale, l’élégance, l’amitié, le bonheur d’enseigner et même, sur le tard, l’amour. Un étrange amour. C’est à travers le prisme de la morale cavalière qu’il verra les passions politiques, la guerre, les illusions d’après la défaite, les courages et les lâchetés, enfin la métamorphose immense de la France.
Mais la perçoit-il vraiment, cette métamorphose ? Ou ne préfère-t-il pas l’ignorer ? En d’autres temps, sans doute, Vachaud fût-il devenu prêtre ou officier. Il eût choisi – séminaire, collège ou caserne – de vouer sa vie à un ordre qui se serait fait gloire de maintenir au milieu du déferlement de tout ce qui change ou s’affadit. Cela a-t-il encore un sens ?… Ecuyers, cavaliers, ascèse et luxe, parfums du passé, amazones gourmandes de chair fraîche, anciens combattants abusifs, abbés musclés, manitous de Vichy, juifs traqués, gagne-petit du marché noir, pétarades de 44 et de 68, jeunes filles en fleur : une peinture moqueuse et féroce d’un demi-siècle de vie française sert de décor à la vie d’Hector Vachaud. Les « belles âmes » n’y sont pas toujours limpides ! Heureusement, les chevaux aux yeux fous, les aubes en forêt, le silence religieux des manèges servent d’antidote aux poisons et aux impostures de la nostalgie.
Un petit bourgeois
Biographie ou roman, l’essentiel (au moins à mon sens) est d’abord affaire de langage, et aujourd’hui qu’on méprise si fort la prose, ce qui s’appelle la prose, il me plaît qu’un de mes cadets, arrivant à maturité, aux lecteurs qui parcourent les livres sans les couper donne d’abord cette leçon de français contemporain, dont il n’y a point de chaire dans nos écoles. Il y a très longtemps qu’on n’a pas écrit ainsi, je veux dire avec cette jeune maîtrise de la phrase, qui fait penser qu’il en va de celle-ci comme des femmes, jamais si belles qu’en négligé.
