
Le fanatisme de l’apocalypse
En apparence, il n’y aurait rien a dire contre tous les discours qui prétendent sauver la Terre, en réduisant nos dépenses d’énergie, en consommant moins, en gaspillant moins, mais si l’on creuse sous la façade de la décroissance souriante, que trouve-t-on ? Rien d’autre que la haine de l’homme ! Ici, ce sont des vers qu’on a élevés en cave, là c’est le retour de l’homme sauvage, laissant la plus petite empreinte écologique sur la planète qui souffre. Le meilleur moyen de ne pas polluer ne serait-il pas plutôt de cesser d’exister ? Et si l’écologie visait à notre disparition plutôt qu’à notre bien-être ? Et si la souillure c’était l’homme, moderne consommateur comme le citoyen des pays émergents, qu’il faudrait éradiquer de la surface d’une Terre prise comme sujet de droit ? Sommes-nous gouvernés par nos peurs ? L’Ecologie est devenue une idéologie globale, avec ses prêtres, ses temples et son vocabulaire digne d’un nouveau catéchisme catastrophiste. « L’homme est le cancer de la Terre » dit l’un de ces pieux servants de la décroissance. Au moment où la science, du Mediator au nucléaire, du catastrophisme ambiant aux éoliennes soupçonnées de rendre migraineux, du soja tueur au réchauffement climatique, est entrée définitivement dans l’ère du soupçon, l’essai de Pascal Bruckner tombe à point.
S’émanciper du progrès, se laisser griser par les spécialistes du vague, croire se soustraire au risque, ce sont les tentations d’une écologie régressive, totalitaire, devenue aujourd’hui majoritaire.
Le monde entier nous hait et nous le méritons bien, telle est la conviction d’une majorité d’Européens et a fortiori de Français. Depuis 1945, notre continent est habité par les tourments de la repentance. Ressassant ses abominations passées, les guerres incessantes, les persécutions religieuses, l’esclavage, le fascisme, le communisme, il ne voit dans sa longue histoire qu’une continuité de tueries. A ce sentiment de culpabilité, une élite intellectuelle et politique donne ses lettres de noblesse, appointée à l’entretien du remords comme jadis les gardiens du feu. Dans cette rumination morose, les nations européennes oublient qu’elles, et elles seules, ont fait l’effort de surmonter leur barbarie pour la penser et s’en affranchir. Et si la contrition était l’autre visage de l’abdication ?
La tentation de l’innocence
Définissant l’innocence comme une maladie de l’individu qui consiste à vouloir échapper aux conséquences de ses actes, de jouir des bénéfices de la liberté sans en subir les inconvénients, Bruckner dénonce ici les deux grandes tentations auxquelles l’humanité post-moderne aurait succombé : l’infantilisme et la victimisation.
