
Orages ordinaires
Par un pur hasard, Adam Kindred, jeune climatologue spécialiste des nuages, se retrouve dépouillé en quelques heures de tout ce qu’il tenait pour acquis: sa carrière, sa réputation, ses cartes de crédit, son passeport, son portable, et même ses vêtements, soit tous les signes extérieurs de son identité humaine. Une succession de terrifiantes coïncidences fait de lui l’auteur tout désigné d’un meurtre. Police et tueur à gages lancés à ses trousses, sa seule issue est d’entrer dans la clandestinité et de rejoindre la multitude de ces disparus qui hantent les grandes capitales mais demeurent indétectables sous les rayons inquisiteurs des radars sociaux. Entre ses poursuivants multiformes et insaisissables et ses frères en misère, Adam fait l’apprentissage cruel et fascinant de l’art de la survie à l’intérieur d’un Londres hors normes, peuplé de personnages forts inventifs face aux vicissitudes existentielles. En opérant – grâce à la chance et à l’amour – sa remontée à la surface du monde dit civilisé, Adam regagne l’espoir de redevenir lui-même et d’en finir avec cette vie en fuite orchestrée de main de maître par un auteur qui, lui, n’a rien laissé au hasard. Traduit de l’anglais par Christiane Besse.
Blackburn
Tuer est plus aisé qu’on ne croit, surtout quand c’est la deuxième fois et que la victime est déjà blessée: on appuie sur la détente et on achève la besogne. ainsi pense Jimmy Blackburn. A dix-sept ans, il est en cavale, possède un Colt Python 45 et, sans vraiment chercher le mal, il le trouve et agit en conséquence: la morale a sa logique, si la logique n’est pas toujours morale. Bien sûr, à force de tuer on devient un serial killer. Mais d’un type si particulier que la police n’y comprend rien: Blackburn n’est ni malade ni fou de Dieu, à moins que…
A la trace
A la trace tranche sur les romans précédents par sa structure ambitieuse. L’action progresse staccato. L’art du pisteur, évoqué par une citation en début de chapitre, illustre la manière dont chacun des protagonistes va laisser des traces. Toutes, à un moment donné, se recouperont : septembre 2009.- Milla Strachan, lasse de vingt ans de mariage-maltraitance, plaque son mari et est embauchée par la Presidential Intelligence Agency, branche des services secrets. La PIA surveille un groupuscule islamiste qui semble attendre une importante livraison par bateau. – Lemmer, l’antihéros de Lemmer l’invisible, est chargé par un défenseur des espèces animales menacées d’assurer le transfert à la frontière du Zimbabwe de deux inestimables rhinos noirs. Lors d’une fusillade, il est dépossédé de son Glock, où ses empreintes abondent. Il n’aura de cesse de le récupérer – Milla s’entiche d’un aventurier, Lukas, prétendument archéologue, en réalité archéologue-gentleman-cambrioleur. Il combat un gang allié aux Islamistes qui a embarqué par accident ses économies et refuse de les luirestituer. L’action de Lukas va croiser celle des services secrets, qui le prennent à tort pour un terroriste. – Mat Joubert, au service de l’agence de détectives privés créée par l’ex-inspecteur Griessel (deux revenants !) enquête sur la disparition de Davie Flint, cadre de l’Atlantic Bus Company, qui s’est volatilisé devant son club de gym.
Le grand homme
“Claude Delarue, par la magie de son inspiration, sa perception à la fois ironique mais ô combien profonde d’un mal qui lui est certainement propre, hausse son Grand Homme à des sommets voisins de la perfection et de la simple fraternité humaine”. Françoise Ducout, Elle, Prix de la Nouvelle de l’Académie Française 1979.
Los Angeles River
Sur la demande d’une vieille amie dont le mari vient de mourir, l’ex-inspecteur du LAPD Harry Bosch accepte de remettre de l’ordre dans les papiers du disparu. Rendu méfiant par les révélations d’un associé du défunt, il enquête et comprend qu’il y a eu meurtre. Encore faut-il le prouver et retrouver un assassin qui a laissé des traces un peu trop évidentes de ses intentions. C’en serait à croire qu’il a envie de se faire prendre, mais seulement au terme d’un périple de plus en plus dangereux. Pendant ce temps-là, l’agent du FBI Rachel Walling reçoit, elle, l’appel qu’elle redoutait depuis des années : le tueur le plus cruel et retors qu’il lui ait été jamais donné de traquer, à savoir. Le Poète… est de retour. Ainsi commence un des romans les plus violents et douloureux de Michael Connelly.
Comédia infantil
Quelque part en Afrique, la nuit, un homme assis sur le toit d’un théâtre contemple la ville. A ses pieds, un enfant blessé est en train de mourir. Nelio, âgé de dix ans, a vécu la guerre civile et l’errance. Il lui raconte son histoire, en opposant à la barbarie des hommes la poésie et la générosité d’un imaginaire enfantin. Une parole poignante qui résonne comme une fable universelle. J’ai compris que c’était à moi qu’il incombait de raconter l’histoire de Nelio.
Une enfance de Jésus
La trilogie de Jésus, tome 1 (2013). Le jeune David et Simón, son protecteur, sont arrivés – on ne sait d’où – par bateau au camp de Belstar, où ils ont été reconditionnés afin de s’intégrer dans leur nouveau pays : nouveaux noms, nouvelles dates de naissance (âge de 5 ans attribué à David, 45 à Simón), mémoire lavée de tous souvenirs, apprentissage rapide de l’espagnol, langue du pays. Puis ils ont traversé le désert et ont atterri au Centre d’accueil de Novilla, où les services publics leur allouent un logement – sans loyer – ainsi que maints services gratuits, et l’aident à trouver un emploi de docker. David ayant perdu en mer la lettre qui expliquait sa filiation, Simón se fait le serment de lui trouver une mère que son intuition seule désignera. Inés, une trentenaire, est l’élue. Elle accapare l’enfant, dont elle fait sa chose et le soustrait au système éducatif, par la fuite vers encore une autre vie. Coetzee s’intéresse-t-il au traitement utopique des réfugiés dans un système bureaucratique efficace et une société purgée de passion ? Aux rapports pédagogiques et tendres entre le gardien Simón et sa charge, David, enfant précoce, parfois cabochard ? Aux effets de l’ignorance dans laquelle se trouve un enfant qui ne connaît pas ses parents biologiques ? Autant de questions qui restent sans réponse, qui en amènent de nouvelles comme dans un cycle éternel. Né en 1940, J.M. Coetzee est l’auteur de trois récits autobiographiques, d’un recueil de nouvelles, de dix autres romans traduits dans 25 langues et abondamment primés, ainsi que de deux volumes d’essais. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.
Scarlett, si possible
C’est qu’elles veulent réussir. Dans le béton, le mariage ou le journalisme, peu importe. Ce sont des grandes. C’est en ce sens que les personnages de Mlle Pancol sont absolument modernes. Elles ne se soucient pas de savoir si elles ressemblent à Mme Bovary ou à la princesse de Clèves. Le XXe siècle leur colle à la peau. Qu’elles soient BCBG, caissière dans un supermarché ou délurée en mini-jupe, elles ont oublié les critères, les clichés que leurs mamans voulaient leur imposer. Ce sont des terreurs. Des samouraï. Prêtes à tout.
Ne dites pas à Dieu ce qu’il doit faire
Einstein ou la revanche du destin. Pendant ses quarante premières années, le père de la relativité construit seul, envers et contre tout, son personnage. Il devient le plus grand physicien de son temps. A quarante ans, sa vie bascule à l’opposé de tout ce qu’il avait choisi. L’ours solitaire est dévoré par sa propre célébrité, emporté par le tumulte du monde. Juif oublieux de sa tradition, il doit rejoindre le mouvement sioniste ; pacifiste, avocat de l’objection de conscience, il incite le Président Roosevelt à construire la bombe atomique. Quant au savant génial, il s’enferre dans ses certitudes et refuse la nouvelle physique. « Dieu ne joue pas aux dés », répète-t-il jusqu’à s’entendre répondre par Niels Bohr : « Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ? ».
Ce roman d’un homme, c’est aussi celui d’un siècle, porteur de toutes les espérances et père de toutes les barbaries. Monde en ébullition, personnages romanesques, scènes haletantes, sous la plume de François de Closets, le récit biographique prend la force et les couleurs d’une épopée. Et le lecteur s’étonne de comprendre une histoire que l’on croyait réservée à des spécialistes.
Chamans, mystiques et médecins
Sudhir Kakar, psychanalyste indien d’obédience freudienne, a été notamment formé aux États-Unis. Il propose dans cet essai – dont l’originalité tient au biculturalisme de son auteur – une comparaison entre les concepts et les pratiques de « guérison » dans les traditions culturelles indiennes et occidentales. Ce livre est le fruit d’un passionnant travail sur le terrain, en inde. Le lecteur est entraîné à partager cette expérience vécue auprès des guérisseurs tantriques, des chamans, des gourous, etc. Un des intérêts de l’approche de Sudhir Kakar est de faire apparaître dans l’examen minutieux de ces diverses pratiques thérapeutiques orientales et occidentales la nécessité d’une doctrine, quelle qu’elle soit, et parallèlement de rappeler que la rencontre personnelle soignant/soigné fonde la vérité des thérapies d’ici ou d’ailleurs. Sudhir Kakar, loin d’établir une hiérarchie entre les diverses pratiques thérapeutiques et théories qu’il présente, s’attache à dégager sous tant de manifestations de « la maladie mentale » une sorte d’universalité psychologique et à repérer des traits communs dans les méthodes de guérison, tout en respectant les particularismes des démarches.
Retour à Roissy – Un voyage sur le RER B
Mai 2017, entre l’élection présidentielle et les législatives, une sociologue et un photographe se mettent en route, sac au dos, pour un voyage le long de la ligne B du RER, de Roissy à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Ils reviennent sur les pas de François Maspero et Anaïk Frantz qui, trente ans plus tôt, alors que la France découvrait le ” mal des banlieues “, allaient voir la ” vraie vie ” autour de la capitale. Ce livre est le récit de leur traversée de territoires injustement réduits à des poncifs sur le béton, la pauvreté, l’islam ou l’insécurité. Des agriculteurs chinois installés à quelques kilomètres de l’aéroport de Roissy, des familles turques pique-niquant dans un parc un dimanche ensoleillé, des commerçants sikhs proposant l’hospitalité de leur lieu de culte, des catholiques polonais réunis après la messe du dimanche, un rappeur s’opposant à son père congolais sur l’héritage colonial, des résidents de quartiers pavillonnaires jouxtant les tours d’habitat social… Au fil de ces rencontres apparaît une mosaïque méconnue, travaillée par l’histoire, la mondialisation et les ancrages locaux. Se dessine aussi peu à peu un paysage urbain où la nature s’obstine et qui ne cesse d’affronter les multiples tentatives de mise en ordre engagées depuis plus d’un siècle, dont le Grand Paris, annoncé sur des panneaux de chantier omniprésents, trace aujourd’hui le nouvel horizon.
Les ravissements du Grand Moghol
Fils du grand Humayun, Akbar a dirigé l’Empire moghol de 1556 jusqu’à 1605. Cet espace, qu’il n’a cessé d’agrandir, s’étendait du Cachemire au Bengale, avant que l'” Ombre de Dieu sur terre ” ne se décide à conquérir le sud de la péninsule. Personnalité complexe, fils d’une chiite et d’un sunnite, dyslexique, hyper-mnésique, sans doute épileptique, assurément mystique, à la fois sanguinaire et paisible, ascète et jouisseur, Akbar, qui avait épousé une hindoue, a fait sortir des sables la ville de Fatehpur-Sikri, qui reste aujourd’hui encore un haut lieu du tourisme indien. Cette ville abritait de multiples temples et accueillit diverses religions. Elle mêlait délibérément les architectures musulmane et hindoue dans un esprit de syncrétisme exceptionnel dans l’histoire musulmane. Akbar a durant sa vie réfléchi sur les croyances et les dogmes religieux, ce qui permit pour la première fois en Inde de voir musulmans et hindous cohabiter en paix. C’est l’histoire étonnante de cet empereur que raconte Catherine Clément. Elle sait donner à son personnage le ” tremblé ” qui nous permet de comprendre la folie qui l’anime, et son insatiable quête métaphysique. Elle met en scène une cohorte de religieux de toutes origines, qui s’empoignent sous nos yeux : oulémas, ayatollahs, hindous de toute caste, moines jaïns, rabbins et jésuites… Elle restitue la profondeur et la malléabilité des dogmes religieux qui nous guident et nous étouffent.
Catherine Clément a publié une soixantaine d’ouvrages (romans, essais, poésies, Mémoires…) dont certains, comme Pour l’amour de l’Inde et Le Voyage de Théo, furent des best-sellers internationaux.
L’empereur à pied
Au milieu du xixe siècle, un homme apparaît avec ses fils dans les montagnes du Liban. Il s’appelle Khanjar Jbeili, mais on le surnommera vite l’Empereur à pied. Il est venu pour fonder un domaine et forger sa propre légende. Sa filiation ne tarde pas à devenir l’une des plus illustres de la région. Mais cette prospérité a un prix. L’empereur a, de son vivant, imposé une règle à tous ses descendants : un seul par génération sera autorisé à se marier et à avoir des enfants ; ses frères et sœurs, s’il en a, seront simplement appelés à l’assister dans la gestion des biens incalculables et sacrés du clan Jbeili. Serment ou malédiction ? Du début du xxe siècle à nos jours, les descendants successifs auront à choisir entre libre arbitre et respect de l’interdit. Ouverts au monde, ils voyageront du Mexique à la Chine, de la France de la Libération aux Balkans de la guerre froide, en passant par Naples, Rome et Venise, pourchassant des chimères, guettés sans cesse par l’ombre de la malédiction ancestrale. Jusqu’à ce que, revenu sur le sol natal, le dernier de la lignée des Jbeili rompe avec le passé et ses interdits, à l’aube du xxie siècle. Mais à quel prix ?
Indu boy
Fille unique élevée sans amour, elle est éduquée en garçon – et en blanc pour se battre contre les Anglais qui se croient propriétaires de l’Inde. Son père est en prison, sa mère, tuberculeuse, hante les sanatoriums européens tout en contaminant sa fille. Celle qui a choisi le surnom d’Indu Boy dans sa première enfance devient, loin de son pays natal, une jeune Occidentale polyglotte. Elle s’appelle Indira Nehru. Avec ses cheveux coupés à la Jeanne d’Arc, la fille de brahmane fait scandale en se mariant à un parsi désargenté, Feroze Gandhi. Il l’aime. Et elle ? Pas du tout. Elle a juste choisi un père pour ses futurs enfants. Sans la force d’Indu Boy, Indira n’aurait pas pu devenir quatre fois Premier ministre de l’Inde, vaincre le Pakistan, aider à la naissance du Bangladesh en guerrière, tenir tête aux présidents américains, combattre les sikhs du Temple d’Or, à Amritsar. Tout lui réussit, sauf la famille. Elle divorce et perd son plus jeune fils. Alors, tout bascule. Celle qui était athée devient une bigote de l’hindouisme, celle qu’on adorait se fait haïr sans le vouloir. Celle que le sexe révulsait vieillit sans amour. Est-ce le remords ? Tout indique qu’Indira Gandhi a contribué à son propre assassinat. Elle meurt foudroyée par ses gardes sikhs en 1984. Un destin dont Catherine Clément a fait une légende.
L’archipel du Goulag – Tome I
Un livre de combat, qui a ébranlé les fondements du totalitarisme communiste et qui brûle encore les mains. Ecrit de 1958 à 1967 dans la clandestinité, par fragments dissimulés dans des endroits différents, il a été activement recherché, et finalement découvert et saisi par le KGB en septembre 1973. Aussitôt, le premier tome a été publié d’urgence en Occident, la pression de l’opinion publique des pays libres étant la seule force capable de sauver l’auteur et tous ceux qui l’avaient aidé. Arrêté en février 1974, Soljénitsyne fut inculpé de trahison, puis, par décret du Présidium du Soviet suprême, déchu de la nationalité soviétique et expulsé d’URSS. Jusqu’à sa publication partielle par la revue Novy mir en 1990, l’Archipel ne sera lu en URSS que clandestinement, par la partie la plus courageuse de l’intelligentsia. Mais, en Occident, il sera répandu à des millions d’exemplaires et provoquera une mise en cause radicale de l’idéologie communiste.
La sève et le sang
En Corée du Nord, les hivers peuvent être cruels. L’inspecteur O, chapeauté par son inébranlable chef Pak, est frigorifié. Inquiet aussi : on le charge d’une enquête de la plus haute importance… avec interdiction expresse de s’attacher aux détails.
Les enfants pillards
Jean Cayrol, l’écrivain bordelais, se souvient 60 ans plus tard de ses jeux d’enfant sur les plages de Lacanau. Pendant l’été 1918, l’écrivain, âgé de huit ans, vit avec ses cousins sur les dunes et les plages de la côte girondine : à 700 km de Douaumont, la guerre a finalement rejoint les lieux de villégiature. Les batailles joyeuses des vacances d’été des petits et la guerre des grands se côtoient. Dans les jeux de plage, des enfants tourbillonnent et disparaissent. Que l’on assassine un écureuil ou que l’on sale un cormoran qui se décompose, la guerre grandit, et des tranchées se creusent parmi les dunes atlantiques. Un beau jour, on découvre une caisse de munitions, on parle des sous-marins au large, on échange des mensonges brutaux que tout le monde accepte – mais rien à voir avec la mythomanie pesante des adultes en proie à l’horreur vraie.
Tome 2 – L’homme sans qualités
” Dans ce roman, qui comporte jusqu’ici 1 800 pages, Musil a pour principe de choisir de minces coupes de vie qu’il modèle en profondeur et donne à sa description du monde une ampleur universelle. Le livre a été salué dès sa parution comme une des grandes œuvres du roman européen. Sous prétexte de décrire la dernière année de l’Autriche, on soulève les questions essentielles de l’existence de l’homme moderne pour y répondre d’une manière absolument nouvelle, pleine à la fois de légèreté ironique et de profondeur philosophique. Narration et réflexion s’équilibrent parfaitement, de même que l’architecture de l’immense ensemble et la plénitude vivante des détails “. Traduit de l’allemand par Philippe Jaccottet
L’admiroir
Il n’y a pas l’ombre d’un défaut dans l’existence d’Anne, Cette femme encore jeune a quitté sa famille, est devenue modéliste avec le même entrain et peut-être, au fond, la même indifférence qu’elle met à chaque chose. L’amour qu’elle porte à Pierre reste marqué d’une volontaire distance. Jusqu’au jour où Claude qui, depuis toujours, traîne sa silhouette sombre derrière celle, lumineuse, de son aînée ; Claude avec laquelle Anne passe une sorte de pacte : Anne vivra, Claude la regardera vivre.
Mais s’agit-il d’un ” équilibre “, ou d’une concession faite aux apparences ? Et, comment, en ce cas, le cercle se rompra-t-il ?
Le monde selon Garp
Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… Un livre culte, à l’imagination débridée, facétieuse satire de notre monde.
La neige tombait sur les cèdres
Décembre 1954. Au nord-ouest des États-Unis, l’île de San Piedro est le théâtre d’une tempête sans précédent. Alors qu’un blizzard isole l’île, un jeune américain, d’origine japonaise est traduit devant le tribunal de la petite communauté de pêcheurs et de fermiers. Ce procès ravive les souvenirs cruels de la guerre du Pacifique et des camps où fut internés les Nippos-Américains après Pearl Harbor. Le journaliste Ishmael Cambers est confronté à ses souvenirs: celui de Hatsue, son premier et unique amour-la femme de celui que l’on juge aujourd’hui-mais aussi l’évocation douloureuse de cette guerre où il a perdu un bras et s’est perdu lui-même. Roman de l’enfermement et de la désillusion, mais aussi de la survie et de l’espoir, l’auteur nous convie à une analyse subtile d’un microcosme ébranlé par ses passions, ses préjugés et son racisme ordinaire. On est subjugué par ce roman au succès mondial, aujourd’hui adapté pour le cinéma.
Les derniers rois de Thulé
Véritable trésor ethnologique, ce livre constitue d’abord une somme d’informations irremplaçable sur les Inuits du Groenland. Mais son succès international, jamais démenti au cours de ses multiples rééditions depuis 1951, tient aussi au talent de conteur de Malaurie qui sait immerger le lecteur, jusqu’au plus infime détail, avec une patience et un souci de vérité infinis, dans la vie de ce grand Nord mythique, de cette “Ultima Thulé” des anciens. Ce géographe et géologue de formation qui cite Rimbaud (“Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc ?”) fait revivre dans un style alerte chasses au morse et à l’ours, festins de viande crue, soirées de fête dans la nuit polaire, grands raids en traîneaux par moins 60 °C sur la banquise et les glaciers, levers de soleil dans le blizzard, songes, légendes et séances de sorcellerie. Formidable leçon d’humanisme, ce chef-d’œuvre inclassable est également l’occasion d’une réflexion approfondie sur la fragilité d’un environnement et d’une culture menacés.
La cote sauvage
Après deux ans de service militaire, Olivier revient passer ses vacances dans la maison de famille bretonne, où l’attendent sa mère et ses deux sœurs. La plus jeune, Anne, à laquelle il est tendrement attaché depuis l’enfance, lui apprend qu’elle va épouser Pierre, le meilleur ami d’Olivier. Quand Pierre les rejoint en Bretagne, Olivier, sacrifiant leur amitié, va tenter d’empêcher le mariage ; il décourage sa sœur, inquiète et humilie Pierre. Pourquoi veut-il que sa sœur Anne reste auprès de lui ? Est-ce un amour qui n’ose pas dire son nom ? Olivier arrivera-t-il à changer comme la saison et à redécouvrir l’autre versant de sa vie ? Il est capable de tout, silencieusement, même de se tuer, et le paysage doux, de brume et de soleil voilé, ne sera peut-être plus que le cadre ultime de sa vie.
Amants
Un homme et une femme se rencontrent et se reconnaissent. Tout pourrait être simple, tout est complique. Car ils ne sont pas libres. Elle aime son mari, il aime sa femme. Ils gravissent doucement les marches des commencements. Ils deviennent amants. La violence de leur désir les porte hors de leur vie. Les jardins, les hôtels, les restaurants les recueillent avec leur amour. Paris les cache. Ils sont heureux. Mais que devient une passion lorsqu’elle reste secrète ? Commence pour eux le temps du mensonge et du déchirement. Ce roman qui parle d’infidélité dit aussi, de façon inattendue, le poids de la fidélité. Comment mieux parler du couple qu’en s’installant à l’extérieur de lui ? Une histoire d’amants qui est aussi une histoire de couple, une histoire d’amour – ou plutôt d’amours.
Le Luthier de Crémone
XVIIe siècle. C’est auprès de Maître Nicolas qu’un certain Antonio commence son apprentissage de luthier. Il y trouve peu d’intérêt, jusqu’à ce qu’il entende Cavalli, venu de Venise choisir ses instruments, jouer du violon: émerveillement, coup de foudre à s’en renverser un pot de colle brûlante sur les doigts. La légende d’Antonio Stradivarius est née. De son premier violon construit avec des ” chutes de bois ” au millier d’instruments à cordes qui passèrent entre ses mains, c’est toute la vie et l’œuvre de ce grand homme, mort à quatre-vingt-quinze ans, qui nous est racontée. Avec Le Luthier de Crémone, Herbert Le Porrier prolonge la générosité d’inspiration et le pouvoir d’évocation qui firent le grand succès du Médecin de Cordoue.
Le veilleur de nuit
Au premier abord, un simple fait divers: un homme jeune, dans le secret de son jardin, creuse un puits profond qu’il aménage; il enlève une jeune fille et l’y séquestre. Mais lorsque, assistant au forage de Siméon Leverrier, le lecteur pénètre au coeur de l’homme, et sonde ses intentions, l’envoûtement commence. Le veilleur de nuit poursuit la réalisation d’un rêve apparemment puéril, fruit de ses lectures hâtives. Le trésor enfoui qui l’attire, est-ce la fortune, le vestige d’un passé révolu ou un autre soi-même à peine soupçonné? Le drame se reconstitue au cours d’un débat (ou plutôt d’un procès) qui oppose le coupable silencieux – devant un tribunal ou en son fors intérieur? – aux investigations d’un juge terriblement perspicace.
Le livre d’étoile
Mais comment on va là-bas ? En bateau ou en avion, on peut pas autrement, c’est la mer qu’elle nous sépare de la France, on peut autrement tu crois, on peut pas ! Non ma fille, moi dans le bateau ou l’avion, jamais de la vie ! Mon coeur fendu en deux si je fais ça, impossible, je prends pas, ça suffit tout ça. C’est pas possible maman, il faut qu’on trouve une solution ! Quelle solution a-t-on imaginée pour que Mémé l’Étoile quitte l’Algérie et rejoigne le reste de la famille déjà «rapatriée» de Tlemcen en France ? Mémé accepte de retracer le long chemin de l’exil, mais à condition qu’on ne lui coupe pas la parole à tout bout de champ, sinon c’est plus le charme de raconter, d’accord ? Après Le voyage de Mémé et L’essuie-mains des pieds, on retrouve le personnage d’Étoile, la grand-mère de Gil Ben Aych.
La jurée
Dans le box des accusés, Louie Boffano, parrain de la Mafia new-yorkaise. Extorsions de fonds, trafic de drogue et meurtres en tout genre, il s’en est toujours tiré sans encombre, mais, cette fois, les preuves sont accablantes. Boffano mourra… à moins qu’à l’unanimité le jury ne le déclare « non coupable ». Une seule solution pour Cosa Nostra : forcer un juré à retourner tous ses collègues. Le choix se porte sur Annie Laird, un tueur de la Mafia qu’on appelle « le Maître », Zach Lyde, se chargeant de mener l’opération à bien. Méthodique, « le Maître » décide d’espionner sa proie avant d’appâter : à l’aide de micros, il l’écoute pendant des heures entières, et l’observe. Annie est belle, Annie a un fils de 14 ans, Olivier, dont elle est folle, Annie façonne d’étranges sculptures qu’elle expose dans des galeries, mais sans succès. Lui acheter ses œuvres et la menacer de tuer Olivier si elle refuse de coopérer, le plan est terrifiant, mais simple. Trop peut-être, car Annie n’est pas une faible femme et c’est de sa force même que « le Maître » tombe peu à peu amoureux. Reste que le contrat doit être exécuté. Qui du « Maître » ou de la Jurée vaincra dans ce duel impitoyable, tel est le suspense auquel l’auteur soumet son lecteur avec rigueur.
L’avenir de la vie
Notre monde se révèle toujours plus riche en formes de vie, mais, dévasté par l’activité humaine, la moitié de ses espèces vivantes pourraient avoir disparu d’ici un siècle. L’étude scientifique de la biodiversité rend toujours plus aigu ce contraste, entre une magnificence inattendue et une menace imprévue. Dans ce livre inquiétant mais finalement optimiste, le grand biologiste qu’est l’auteur décrit les trésors naturels que nous risquons de perdre à jamais – animaux et plantes dont les potentialités pour nous nourrir, nous protéger, nous soigner et nous émerveiller, restent méconnues. Il nous dit aussi que faire pour les sauver et propose de nouvelles méthodes de protection de la nature. Émouvante description de la biosphère, ce livre est aussi un guide pour la sauvegarde des espèces – la nôtre en particulier.
La constance du jardinier
Tessa Quayle, jeune et belle avocate anglaise, a été sauvagement assassinée près du lac Turkana dans le nord du Kenya. Son compagnon de voyage et amant supposé, médecin africain d’une organisation humanitaire, a disparu sans laisser de trace. Justin, l’époux de Tessa, diplomate de carrière au haut-commissariat britannique de Nairobi et jardinier amateur, se lance dans une quête solitaire à la recherche des tueurs et de leur mobile. Sa quête l’entraîne à Londres, puis à travers l’Europe et au Canada, pour le ramener en Afrique jusqu’au Sud-Soudan et se terminer sur les lieux mêmes du crime. Une odyssée pleine de violence et de fureur où se trament les sombres machinations de multinationales pharmaceutiques, où se nouent d’étranges alliances politiques.
Et tandis que s’éveille la conscience de Justin, tandis qu’il se rallie à la cause de Tessa, allant jusqu’à achever la mission qu’elle s’était assignée, sa plus grande révélation sera la découverte de cette femme qu’il n’a guère eu le temps d’aimer. La Constance du jardinier mêle l’histoire bouleversante d’un homme grandi par la tragédie et l’impitoyable exploration de la face cachée de la mondialisation par l’un des romanciers les plus incisifs de notre époque.
La reine du Sud
Nom : Mendoza. Prénom : Teresa. Probablement à la tête de la plus grosse entreprise de transport de cocaïne et de haschich en Méditerranée pour le compte du cartel de Medellin, qui regroupe des mafieux russes et italiens. Femme d’affaires redoutable et dangereuse. Multimillionnaire, mène une vie discrète, aime le rêve et la solitude en mer à bord de son yacht. Aucune preuve n’a pu être retenue contre elle. Surnommée la Reine du Sud. “Un feuilleton à lire d’une traite, cela ne se rate pas.
Le fils de soie
Le fil de soie, c’est le lien ténu mais indestructible qui relie Odile, créatrice célèbre de la haute couture parisienne, à son enfance provinciale, pauvre et sauvage. Le fil de soie, c’est encore ce qui tient ensemble les morceaux épars de la vie d’Odon, taillée en pièces par les aléas de l’Histoire et vouée aux incertitudes. Le fil de soie, c’est surtout l’image de la passion qui va nouer les existences de la star de la mode et de son jeune amant : brillante, légère, impalpable et à l’épreuve du temps. De ces fils, Odile et Odon vont tisser un cocon secret. Un pour deux. Peu à peu, à l’insu du monde, ils vont s’y enfermer et laisser les années accomplir la mue, opérer la métamorphose. Aux identités de hasard que la vie nous donne et parfois nous reprend, ils vont préférer le risque et la folie d’une identité que l’on invente, pour soi et pour l’autre, en effaçant toutes les frontières, en rendant invisibles toutes les coutures.
Déviances mortelles
Ancien profiler du FBI, Jack Casey est devenu inspecteur de police près de Boston dans l’espoir de refaire sa vie après le meurtre de sa femme. Mais un jour, un étrange appel au secours va le ramener en enfer. Avant même d’arriver sur les lieux, il sent le coup fourré et ne se trompe pas : la victime est ligotée devant sa femme et ses deux enfants égorgés, -et ce n’est pas elle, mais le tueur, qui l’a appelé. La maison, Jack Casey le sait tout de suite, est piégée. Ainsi débute une série de meurtres orchestrés par un redoutable assassin, “le Marchand de Sable”, qui entre en contact avec Casey. De fait, il a besoin de lui. Pourquoi ? Telle est la question à laquelle Casey doit absolument répondre s’il veut empêcher le tueur de recommencer. Mais le prix à payer sera terrifiant.
Le livre des brèves amours éternelles
Le destin de Dmitri Ress pourrait être mesuré en longues années de combats, de rêves et de souffrances. Ou bien à l’intensité de l’amour qu’il portait à une femme. Ou encore en blessures, d’âme et de corps, qu’il a reçues, happé par la violence de l’affrontement entre l’Occident et la Russie. Cette pesée du Bien et du Mal serait juste, s’il n’y avait pas, dans nos vies hâtives, des instants humbles et essentiels où surviennent les retrouvailles avec le sens, avec le courage d’aimer, avec la grisante intimité de l’être. Dans un style sobre et puissant, ce livre transcrit la mystérieuse symphonie de ces moments de grâce. Les héros de Makine les vivent dans la vérité des passions peu loquaces, au cœur même de l’Histoire et si loin des brutales clameurs de notre monde. Les scènes se succèdent au fil de la maturation sentimentale d’un jeune soviétique des années 1960-1970. D’un premier amour alors qu’il n’a que dix ans, il évolue jusqu’à ses 25 ans vers la méfiance des sentiments d’adolescent.
Chaque jour est un adieu
Je sursaute à cette seule idée : d’autres gens y habitent, dans notre maison. Et ça reste complètement insupportable. Combien de temps a-t-elle été à nous ? J’avais six ans quand on s’y est installés. J’en avais vingt-cinq à la mort de ma mère, quand elle a été vendue. Pourtant, je n’arriverai jamais à en parler autrement que de notre maison. On y a été tellement heureux et parfois, aussi, si totalement désespérés, nous tous, les dix enfants. Et nos parents. J’habite loin de Trans, maintenant, depuis longtemps, mais il m’arrive de repasser devant la maison, en tremblant. Et c’est comme si je me brûlais, en approchant de la fenêtre. Parce qu’en même temps que ce bonheur, il y a eu trop de malheur. Alain Rémond est un chroniqueur français, né en 1946 à Mortain (Manche). Alain Rémond naît dans une famille bretonne de dix enfants. Cette enfance difficile lui inspirera par la suite une série de romans autobiographiques. Après des études de philosophie, il devient professeur d’audiovisuel, puis critique de cinéma. Alain Remond entre en 1973 comme journaliste à Télérama. Rédacteur en chef adjoint à Paris-Hebdo en 1979, il rejoint Les Nouvelles Littéraires en 1980. C’est à lui que l’on doit la création, en 1981, de la rubrique “Mon Œil” de Télérama, dont il deviendra rédacteur en chef jusqu’en 2002. Alain Rémond a par ailleurs participé pendant six ans à l’émission Arrêt sur images, diffusée sur France 5. Actuellement, il rédige toutes les semaines une chronique dans Marianne et un billet chaque jour dans La Croix.
Le voyage de Théo
Ce roman est l’histoire de toutes les religions du monde. A travers une trame romanesque (le voyage d’un petit garçon qui va faire le tour du monde pour guérir), Catherine Clément, spécialiste reconnue, nous décrit d’une manière claire, intelligente et concise les spécificités de toutes les religions.
Théo, quatorze ans, est atteint d’une maladie incurable. Sa tante Marthe, personnage excentrique, décide de le prendre sous son aile au cours d’un long périple. A travers l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Afrique, Théo va faire le tour du monde des religions pour trouver sur place des réponses à la question de l’existence de Dieu. Curieux de tout, il interroge les rites, mythes fondateurs et cosmogonies des principales traditions. Le voyage de Théo, en même temps qu’il l’achemine vers un destin qui doit autant à la médecine qu’à l’amour, le conduit ainsi à la rencontre de sage qui ouvriront son esprit et apaiseront son coeur. Foisonnant d’informations, ce roman est une formidable initiation aux grands courants spirituels de l’humanité.
” André Zysberg est expert en informatique, écrivain de qualité, piocheur de vieilles paperasses des XVIIème et XVIIIème siècles. Archiviste des forçats, dont il connaît les dossiers mieux que quiconque, il est aussi – juste retour des choses – un forçat des archives. Dans la poussière des anciens registres, il a scruté les destinées individuelles de 60 000 galériens, dont 38 000 sous Louis XIV et 22 000 au temps de Louis XV. Zysberg peint ces hommes en un livre admirable.
Le sang et le pardon
Aux abords de la ville de Zamana, lorsqu’une fusillade éclate entre des tueurs pakistanais et un espion américain, la vie de Nargis bascule. Pris dans les tirs croisés, Massud, son mari, architecte comme elle, épris de beauté et de justice, meurt avant qu’elle ait pu lui avouer son terrible secret. Menacée par un officier des services du renseignement qui la somme d’accorder son pardon au meurtrier américain, Nargis craint que la vérité sur son passé n’éclate au grand jour. Car depuis quelque temps, du haut des minarets de la ville, un inconnu dévoile l’intimité de certains habitants. Dans un pays où les accusations de blasphème sont monnaie courante, ces dénonciations anonymes sèment la terreur parmi la population. Nargis prend alors la fuite en compagnie de deux jeunes gens, Helen, la chrétienne, et Imran, le mystérieux Cachemirien, à la recherche d’un îlot de paix et d’amour, loin de la violence et de la folie des hommes. Par la magie de cette prose lumineuse qui caractérise le style de Nadeem Aslam, le passé et le présent du Pakistan, marqués par la corruption, l’intolérance, mais aussi la résilience et l’espoir, se reflètent dans un même miroir. Nadeem Aslam, né au Pakistan en 1966, a quatorze ans lorsque sa famille, fuyant le régime du général Zia, s’installe en Angleterre. Après des études à l’université de Manchester, il se consacre à l’écriture. Le Sang et le Pardon est son cinquième roman, en cours de publication dans une douzaine de pays où son talent est largement reconnu. Son œuvre est publiée aux Éditions du Seuil.
Papa
19 septembre 2018, j’aperçois dans un documentaire sur la police de Vichy mon père sortant menotté entre deux gestapistes de l’immeuble marseillais où j’ai passé toute mon enfance. Ils semblent joyeux alors que le visage de mon père exprime la terreur. D’après le commentaire, ces images ont été tournées en 1943. Non seulement mon père n’a de sa vie parlé de cet incident mais je n’ai jamais entendu dire par personne qu’il avait eu affaire à l’occupant. Moi, le conteur, le raconteur, l’inventeur de destinées, il me semble soudain avoir été conçu par un personnage de roman.
R. J.
L’amant en culottes courtes
Si ce livre peut être considéré comme un roman, c’est dans la mesure où toute initiation, toute expérience formatrice, entre en dialogue avec l’imagination dès le moment vécu, puis dans le souvenir et tout au long de l’existence. Dans ce récit strictement autobiographique, tout l’effort consiste à retrouver et à restituer avec leurs composantes contradictoires les circonstances, l’état d’esprit, les états de corps, les sentiments, les sensations, les pulsions, d’une aventure amoureuse et sexuelle qui est celle de la première fois. Cela se passe à Londres en juillet 1957, alors que l’auteur, âgé de treize ans, séjourne dans une famille pour apprendre la langue anglaise. Pendant quelques jours, cohabitent violemment dans le même être le désir érotique pour une jeune fille de sept ans son aînée, et la volonté farouche de rester un petit garçon en culottes courtes, attaché à son univers d’enfance. Alain Fleischer interroge le mystère d’une relation et d’événements dont la force a déposé une empreinte d’une précision insoupçonnée, que seule l’écriture, dans sa fonction archéologique, permet de faire émerger des sables de la mémoire.
Sarah et le lieutenant Français
Depuis que son lieutenant français l’a abandonnée, Sarah est montrée du doigt par les villageois puritains de Lyme Regis qui la jugent irrémédiablement déshonorée et menacée de folie. Seul Charles Smithson ose l’approcher, fasciné par son impénétrable mystère. Pour la voir, il brave le scandale, met en péril ses fiançailles, risquant son bonheur et bouleversant tout le village.
Une femme fuyant l’annonce
Vendu sans bandeau – Ora, une femme séparée depuis peu d’Ilan, son mari, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle inéluctable que lui dicte son instinct maternel : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s’est porté volontaire pour “une opération d’envergure” de 28 jours dans une ville palestinienne, nouvelle que lui apporteraient l’officier et les soldats affectés à cette terrible tâche. Mais s’il faut une personne pour délivrer un message, il en faut une pour le recevoir, pense Ora. Tant que les messagers de la mort ne la trouvent pas, son fils sera sauf. Aussi décide-telle, sans aucune logique, pour conjurer le sort, de s’absenter durant ces 28 jours en se coupant de tout moyen de communication qui pourrait lui apporter la terrible nouvelle. Ayant prévu une randonnée à travers le pays avec Ofer, elle part malgré tout.
Au cœur de ce pays
Au plus noir de la nuit, la maison devrait être silencieuse. Pourtant, l’oreille collée à la cloison, Magda perçoit des halètements presque inhumains. Elle attend le moment propice. Dans une minute, elle se lèvera et se dirigera vers la chambre de son père, un fusil chargé à la main, bien décidée à changer le cours de son existence.
Couper cabèche
Quand je débarquai à l’aéroport international Mohamadou do Santo de Massomba, je ne doutais pas du succès de ma mission. N’en déplaise aux services spéciaux de Mozart, je ne ferais qu’une bouchée du Likembé, ce petit pays pétrolier rongé par la corruption, le népotisme et les conflits ethniques. J’allais réveiller tout un peuple endormi par les mensonges de ses dirigeants et livré pieds et poings liés à la convoitise des multinationales. J’avais un atout maître dans la manche : l’amitié de Macias Lebango, le grand écrivain likembais, unanimement respecté pour son talent et sa probité. Grâce à nous, on allait voir ce qu’on allait voir, des têtes allaient tomber. Des têtes sont tombées, en effet mais à l’heure où je vous parle, je ne suis pas sûr que la mienne soit encore bien solidement attachée à mes épaules. Il me semble qu’elle flotte, ma tête, entre cauchemar et réalité, dans la touffeur d’une ville dévastée par d’improbables milices aux noms des piranhas et de gremlins et bercée chaque nuit par le chant des grenouilles jaunes. D’ailleurs, « likembé » n’est pas un nom de pays, mais celui d’un instrument de musique, au demeurant peu adapté à l’interprétation de Mozart.
